Archives pour janvier 2008

De Kunming à Hanoï

Nous avons rejoint le Vietnam par voie terrestre, pas pressés de parcourir les quelque 500 kilomètres entre Kunming et Sapa (environ 12 heures de route, dont la moitié sur une petite route de montagne sinueuse). Ça nous a permis de découvrir Jianshui et Mengzi, deux villes fort agréables du sud du Yunnan.

À Mengzi, une petite ville fascinante et totalement hors du circuit touristique, nous avons parcouru l'histoire récente de la Chine à travers les rues du petit centre-ville, concentré dans à peine un kilomètre carré. Tout était là. La Chine rurale, dans les petites ruelles bordées de maisons en bois et en terre qui ont survécu aux vagues de démolition. À un coin de rue de là, des immeubles à logements austères et délabrés aux fenêtres grillagées (Noah les appelle les cages!) de l'époque communiste pure et dure. Une école défraîchie où, par la fenêtre, on pouvait voir les écoliers entassés dans un dortoir aux lits superposés se préparer pour la sieste. Encore un peu plus loin, la Chine actuelle prend forme, avec ses grands complexes immobiliers tout neufs, ses milliers de logements qui promettent un avenir meilleur pour ses habitants avec des noms comme Dream in Cambridge ou Cannes Town. Ces complexes ont gardé de l'architecture traditionnelle chinoise le principe du commerce au rez-de-chaussée et de l'habitation familiale aux étages, mais à très grande échelle.

Nous sommes entrés au Vietnam par la frontière de Lao Cai. En arrivant au pays, les taxis, les vendeurs de camelote et les arnaqueurs potentiels se sont multipliés par cent, la bouffe est dix foix meilleure et la quantité de chantiers de construction a radicalement diminué. Dix jours au Vietnam en trois temps.

Les montagnes du nord : Sapa

Nous étions sur nos gardes en mettant les pieds au Vietnam. On nous avait prévenu, par le bouche à oreille des voyageurs et par les guides de voyage, que le harcèlement des vendeurs était intense et que les arnaqueurs étaient habiles. C'est vrai. Ils étaient une meute après nous dès notre arrivée, à nous proposer du transport, un hôtel, des dongs (l'argent vietnamien, 16 000 dongs pour 1 dollar, un vrai défi mathématique les premiers jours!!). Nous ne savions pas si nous allions tenir le coup pendant trois semaines. Nous en sommes sortis indemnes jusqu'ici, mais nos amis se sont fait avoir et ont payé le double du prix normal pour leurs billets de train entre Lao Cai et Hanoï (40$ de moins dans leurs poches)!

Sapa est perché dans les montagnes, en face du plus haut sommet du Vietnam, le Fangipane (environ 3000 mètres). Le soleil a brillé tout au long de notre séjour de deux jours : les vues sur les montagnes et les cultures en terrasse étaient époustouflantes! Le petit village - très touristique - est au coeur d'une région regroupant diverses minorités ethniques et c'est un lieu de prédilection pour voir une belle variété de gens portant des costumes traditionnels hauts en couleur. La plupart d'entre eux ont quelque chose à vendre et proposent leurs produits avec beaucoup d'insistance, ce qui les rend rapidement un peu moins cute. Mais c'est intéressant de se promener dans les villages environnants et de voir que leur mode de vie est resté traditionnel : ils vivent d'agriculture et d'artisanat, leurs maisons et leurs costumes (qu'ils portent au quotidien, dans les champs) sont propres à leur culture.

La baie d'Halong

Un gros coup de coeur, certainement parmi les plus beaux endroits naturels que nous avons visités dans le monde, la sublime baie d'Halong. Une vaste région formée de milliers d'îles rocheuses magnifiquement sculptées par la mer, habitée par des pêcheurs vivant dans des maisons flottantes. Naviguer dans cette région est surréel et totalement envoutant.

Nous craignions un peu la surabondance de touristes et de bateaux qui font tous le même parcours, mais malgré la quantité de monde, le site est assez grand et grandiose pour absorber tous ces visiteurs. Nous avons passé trois jours dans la baie, dormi une nuit dans un élégant bateau en bois (nous n'étions que six, il y avait plus de membres d'équipage que de clients!) et une nuit dans un bungalow en bambou sur une plage privée, fait du kayak dans des caves et parmi les îles et les rochers, vu de près les aigles chasser et les pêcheurs… pêcher! Certainement l'un des moments forts de tous nos voyages.

Hanoï

Nous faisons présentement du temps supplémentaire à Hanoï parce que la disponibilié des transports vers le centre du pays est limitée. Quand nous avons voulu réserver, les trains de nuit étaients tous pleins et le premier vol disponible était dans deux jours. Le Vietnam est une destination très populaire et c'est la haute saison en ce moment. Mais ce temps sup nous permet d'explorer la capitale et de saisir un peu mieux l'âme du pays.

Hanoï est une ville baroque, débordante de vie, où on vit une série d'émotions fortes qui nous font passer de l'adoration à l'exaspération en quelques secondes. La densité de la vieille ville est hallucinante, chaque centimètre d'espace où le regard se pose réserve une stimulation quelconque, un fragment de vie, un regard, une histoire. Ou une satanée moto. Elles sont partout, un flot dense et incessant dans les rues et un encombrement sur les trottoirs. On les entend klaxonner sans cesse, on sent leur sale odeur s'inscuster dans nos narines. Le fléau de cette ville, impossible de se ballader sans en avoir une derrière ou devant soi, menaçant de nous passer dessus. Déprimant de voir jusqu'à quel point la ville est malade de ce traffic insensé.

Dommage parce que les rues d'Hanoï débordent de poésie et qu'on a le goût de prendre son temps et de bien regarder partout. Les trottoirs sont des scènes où le quotidien des gens s'étale, les milliers de petits vendeurs de thé, de fruits et de légumes, de vêtements, de livres, d'un peu de tout, accroupis ou assis sur de petits bancs, les serruriers, les cordonniers, les lettreurs, les graveurs de monuments funéraires, les mécaniciens, tous pratiquant leur métier sur le trottoir. On lève les yeux et les traces de l'histoire de la ville se lisent sur les édifices délabrés ou pimpants, les élégantes fenêtres à volets et les cafés français, les autels bouddhistes, les pagodes et les temples, les intérieurs et les affiches austères de l'époque pré-capitaliste. Un voyage dans le temps.

Dans les quelques lieux calmes de la ville, les parcs, les lacs, les musées, les temples, les restaurants, on peut enfin apprécier la gentillesse des gens, la richesse et le raffinement de la culture vietnamienne. La qualité et la quantité de galeries d'art, de restaurants, de produits artisanaux témoignent de la grande vitalité de cette culture. C'est tout un contraste quand on arrive de la Chine… Parcourir le musée d'art est en soi une leçon d'histoire et de savoir-faire, avec des techniques de peinture sur soie et de laque uniques et des scènes émouvantes de guerre, qui parlent autant des souffrances et de la douleur que de la fierté des combattants. 

Nous poursuivons notre route ce soir pour Danang, Hué et Hoi An, au centre du pays. Nous publierons des images plus tard…