Chez nous

Allez, un dernier tour de piste pour boucler la boucle. Ça se passe comment, le retour des dumplings à l’érable? La plupart de nos lecteurs en savent des petits ou des grands bouts… En voici d’autres. Chez nous depuis bientôt quatre mois, c’est comment? Très vaste progamme!

La Chine des JO

Nous avons suivi, parfois avec la petite larme au bord des yeux, la couverture mur à mur des médias sur la Chine pendant les Jeux olympiques.  À l’heure de la Chine diffusé à Radio-Canada a été notre rendez-vous quotidien, familial et sacré, pendant deux semaines.

La cérémonie d’ouverture, suivie live dans notre salon, nous a jetés par terre, comme le reste du monde. Une illustration émouvante de la force du collectif : ces grands tableaux humains évoquant la culture chinoise étaient grandioses! Avec des tonnes de fric, des concepteurs parmi les meilleurs au monde et une volonté d’en mettre plein la vue, les Chinois ont gagné le respect du monde et ont fait taire les sceptiques, malgré quelques petites tricheries pas nettes nettes (la jeune chanteuse pas assez jolie pour paraître devant les caméras, les soi-disant représentants des minorités ethniques dans leurs beaux costumes colorés, tous d’ethnie Han (l’ethnie majoritaire), les feux d’artifice pré-enregistrés…).

Avez-vous remarqué qu’avec la clôture des jeux, la Chine a cessé d’être au premier plan de l’agenda des médias? Ces jours-ci, avec les élections canadiennes et américaines, en plus de l’économie en crise, on en a bien assez dans notre cour pour s’occuper de ce qui se passe à l’autre bout du monde… Pourtant, les effets du tremblement de terre au Sichuan, des émeutes au Tibet, de la pollution atmosphérique et autres problèmes environnementaux se font certainement encore sentir. Sans parler des 13 000 bébés hospitalisés (en date d’aujourd’hui) pour avoir bu du lait à la mélamine. Rendez-vous en 2010 pour l’exposition universelle de Shanghaï, une autre occasion qu’auront les Chinois pour montrer au monde comment ils l’ont!

Sur les routes du Québec

De retour du pays le plus peuplé du monde, j’avais une envie folle de retrouver les « grands espaces canadiens », comme disent les français. Déjà, la belle ville de Québec, où Noah et moi avons passé nos premières semaines, était bien calme et bucolique comparée à Kunming. C’était comme se plonger dans un bain d’eau chaude : le confort total!

À la fin de juin, je me suis envolée aux Îles de la Madeleine, pour la première fois de ma vie. En arrivant à l’aéroport de Cap-aux-Meules, quel bonheur! Notre vol est le seul à l’arrivée, il n’y a pas plus qu’une trentaine de personnes dans tout l’aéroport, ma petite valise m’attend déjà sur le carroussel, notre voiture de location est stationnée devant la porte de sortie de l’aéroport… et notre hôtel est à cinq minutes de voitures de là! Tellement facile, tellement un contraste avec toutes mes arrivées de la dernière année! Seul bémol : il pleut à boire debout. Mais la pluie cesse dès le lendemain et deux jours plus tard, le soleil s’installe jusqu’à la fin de la semaine.

Les îles, c’est la beauté naturelle, la mer et les plages à l’infini et rien ni personne pour obstruer la vue. C’est aussi une vie culturelle fascinante, un mélange de fierté madelinienne, d’attachement aux traditions, de terre d’accueil d’artistes et d’amoureux de la nature. J’y ai trouvé des parallèles avec Bali, tant pour sa beauté et son raffinement que pour son savant mélange de culture locale et extérieure. Tout ça à deux heures d’avion de Québec et pas besoin de passeport! Je redécouvre mon pays!!

Le lendemain de mon retour de Bali en Québec, Noah et moi allons accueillir Peter à Dorval. Il revient de Shanghaï, via Hong-Kong. Moins d’une semaine plus tard, nous reprenons la route pour une autre région que nous connaissons peu : la Côte-Nord. La route 138 entre Québec et Natashquan est un long poème de 1000 kilomètres qui rend hommage à la beauté de notre territoire. Plus on grimpe vers le nord, plus le fleuve prend vie et présente une diversité d’espèces animales étonnante, alors que les épinettes rapetissent et luttent pour leur survie. La route traverse aussi des centaines de rivières grandioses, fréquentées par les saumons, les orignaux et des milliards de moustiques.

Cette route m’a amené très loin dans l’espace, mais aussi dans le temps, jusqu’au pays de ma naissance et de ma petite enfance, ce pays où mes parents se sont rencontrés et mariés, ce pays que mon père a parcouru de long en large pour vendre du béton, ce pays où mon grand-père passait l’hiver à gérer un camp de bûcherons, ce pays de nos ancêtres magnifiquement raconté par Vigneault, ce pays des Innus qui renouent avec leur fierté et nous présentent leur fascinante culture. 

Rentrés à Montréal 

Le meilleur : le style de vie montréalais, l’ambiance du Plateau, la culture hyperactive, les événements, les expos, les spectacles, les restos, les possibilités illimitées… tout ce qui a fini par nous manquer à Kunming.

Le pire : gérer le matériel, s’occuper des objets ou des appareils qui brisent ou qui nous encombrent, entretenir tout ce que nous avons accumulé. Ce qu’on est tranquille avec une valise pour seul bagage!

Envoye à maison!

Quand ma mère m’a gentiment demandé de rentrer pour tenir compagnie à mon père pendant qu’elle serait en France, j’ai dit que j’allais y penser. En réalité, j’avais plutôt en tête de continuer à explorer les régions avoisinantes (Laos? Cambodge? Bouthan? Guizhou? Hainan?).

Puis, mon père a dû aller allumer des lampions à Ste-Anne-de-Beaupré pour demander aux dieux d’accélérer mon retour. Comme d’habitude, ça a marché.

Le prix des billets d’avion a comme par enchantement doublé depuis l’an dernier.

Il s’est mis à pleuvoir et le ciel s’est fait gris pendant 10 jours à Kunming.

J’ai vu apparaître des bottes de pluie dans les vitrines des magasins.

Le virus mains-pieds-bouche est débarqué au Yunnan (aucun danger pour Noah qui ne va pas en garderie mais ma mère a commencé à s’inquiéter).

Un ami de Peter a annoncé qu’il débarquait à Kunming pour un mois (tiens… un ami pour lui tenir compagnie!)

Je me suis mise à rêver au Festival d’été de Québec et à celui du jazz de Montréal, au fleuve St-Laurent et ses îles, aux longues et douces soirées de juin sur une terrasse…

Et l’apothéose, la terre a tremblé très fort au Sichuan et ma mère s’est mise à s’énerver sérieusement (même si Kunming n’a jamais subi de catastrophe naturelle de toute son histoire).

Pour couronner le tout, Peter trouvait que c’était une bonne idée de partir m’occuper de mon père. La boucle était bouclée, la bonne Ste-Anne et ses bonzes avaient réussi leur coup.

Alors nous voilà, Noah et moi, de retour au Québec le 30 mai. Peter est ici jusqu’en juillet.

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Mes derniers jours à Kunming sont un mélange de « Ah! Ça va me manquer » et de « Maudit que je ne m’ennuierai pas de ça! ».

Dans la première catégorie, il y a la profusion de vie qui règne ici, toute cette humanité qui fourmille dans tous les coins… never a dull moment! D’accord, ce trop plein de vie partout tout le temps m’agace parfois royalement, mais je ne me lasse quand même pas de regarder le spectacle perpétuel de la rue, toujours palpitant, toujours animé, toujours exotique, toujours surprenant. Québec va me sembler bien tranquille!

Les Chinois vont aussi me manquer. Je me suis attachée à leur curiosité parfois indiscrète mais toujours véritable, à leur approche simple et chaleureuse. Noah va certainement s’ennuyer des émois qu’il créé sur son passage, surtout auprès des jeunes filles! Elles en sont folles! Ses grands yeux, son teint pâle, ses cheveux fous, c’est le comble de la beauté pour les Chinois. Il va falloir qu’il apprenne à vivre dans un anonymat relatif au Québec, après avoir mené une vie de superstar en Asie.

Je sens aussi que le temps va bientôt me manquer, quand le travail et la routine vont reprendre le dessus. Tout ce temps que j’ai pour jouer avec Noah, pour explorer de nouveaux territoires, pour lire, pour improviser mes journées, je vais bientôt courir après… Ça renforcit davantage ma conviction que le meilleur arrangement pour la retraite, c’est d’en prendre des petits bouts par anticipation à tous les 3-4 ans!

Dans la catégorie zéro nostalgie, je ne m’ennuierai certainement pas de l’hygiène douteuse dans la plupart des endroits publics, des indescriptibles toilettes, des crachats par terre qui adhèrent parfois aux sandales et des pipis de bébés qui tapissent les parcs (les bébés portent rarement la couche ici; ils portent plutôt des pantalons troués aux fesses qui permet à maman de leur faire faire leurs besoins n’importe où, rapidement. Ça a un côté écolo, mais pourquoi les pipis-cacas par terre et pas dans une toilette? Et puis l’hiver, les fesses à l’air, ça craint!)

Très hauts également dans la catégorie youpi, c’est fini : les chantiers de construction et de démolition, assortis de leurs magnifiques palissades de tôle bleue et du décor zone sinistrée qui va avec.

Et alors, ceci étant dit, c’est quoi la suite? Il faut l’inventer! C’est la fin des Dumplings à l’érable? Je ne pense pas : avec un sinologue dans la famille et deux autres en développement, de nouveaux épisodes sont à prévoir…

L’explosion du tourisme!

Je suis retournée ce mois-ci à Dali et Lijiang, deux villes touristiques du Yunnan que nous avions visitées en 2000. Elles sont méconnaissables! Évidemment, à huit ans d’intervalle, la mémoire flanche un peu. Tout de même, ces endroits ont explosé depuis notre première visite : je n’avais plus de repères, ou si peu. La taille du guest house où nous avions logé à Dali et où nous sommes retournés a au moins quadruplé. Un petit café sympa de Lijiang à l’époque, le Sakura, est devenu un monstrueux restaurant bar où on mange de la mauvaise bouffe occidentale, qui a ouvert une aussi monstrueuse succursale à Dali.

Nous avons eu le même genre de choc en retournant à Pai, dans le nord de la Thaïlande, jadis un petit village tranquille dans un décor de rêve, où ça se passait juste assez pour garder sous le charme quelques dizaines de backpackers pas pressés. Aujourd’hui, la rue principale est devenue un cirque touristique ridicule et les hôtels boutiques prétentieux se multiplient.

Alors voilà : ces villages irrésistibles autrefois fréquentés par des poignées de voyageurs intrépides ont pris des proportions hallucinantes et sont maintenant voués entièrement aux touristes, qui affluent en quantité industrielle. Les résidants se sont poussés en périphérie pour laisser la place aux centaines de guesthouses, hôtels, boutiques et restaurants. Bon, bon, bon, vous dites-vous, v’là la vieille nostalgique qui râle et qui nous ressort le vieux refrain : Ah! Dans mon temps…

Pas tout à fait. Ne boudons pas notre plaisir… Ces endroits méritent encore le détour. C’est tellement facile de s’éloigner du troupeau et de s’exposer au quotidien local, à des rencontres, à des choses simples et belles, à l’imprévu! Puis faut dire que la popularité de certains endroits a ses avantages : ça simplifie l’accès, ça amène du choix côté hébergement et bouffe. Il faut ajouter que notre vie de voyageurs s’est disneylandifiée depuis l’arrivée de Noah. Nous ne dédaignons pas passer quelques jours dans un hôtel luxueux et bien équipé. Le côté propret et rassurant des univers pour touristes nous donne un break du quotidien pas toujours reposant d’une grande ville chinoise!

Les destinations touristiques se développent vite, c’est vrai, et ce l’est particulièrement en Asie, semble-t-il. Chez nous, depuis dix ans, Québec, Baie St-Paul et North Hatley ont relativement peu changé. C’est que l’Asie est l’un des meilleurs deals de la planète pour les voyageurs et on y vient de partout pour en profiter pendant que ça dure… Ajoutons que les voyages sont de plus en plus accessibles pour de plus en plus de gens, qui ont le temps et l’argent pour des vacances.

Chez les Chinois, notamment, c’est un phénomène tout récent dont bénéficient un bon 200 à 300 millions de membres de la classe moyenne. Et quand ils débarquent, inévitablement, c’est en gang, en masse. Des bateaux de croisière de 2 000 ou 3 000 personnes en partance de la Chine font maintenant le circuit de la baie d’Halong au Vietnam (alors que nous, nous l’avons fait à six sur un tout petit bateau, comme ça se fait depuis 20 ans)!! Lorsque nous étions à Bali en février, il y a eu une vague de Chinois (et une hausse de la circulation!) pendant les quelques jours de congé du Nouvel an chinois. Ils arrivaient à Ubud vers midi dans de gros bus, passaient deux heures au marché, s’asseyaient dans un café pour jouer avec leur cellulaire, puis repartaient dans leur méga hôtel en bordure de plage. Les Chinois n’ont évidemment pas le monopole du tourisme en gros et les groupes omniprésents d’Occidentaux d’un peu partout peuvent tout à fait gâcher une visite au Palais royal de Bangkok ou dans un jardin chinois traditionnel.

L’effet pervers de ce tourisme envahissant, agaçant, polluant, c’est qu’il menace la survie même d’endroits magnifiques, de trésors du patrimoine mondial. Tous ces groupes dénaturent les lieux par la force du nombre. Et que dire du trafic aérien affolant qu’engendrent tous ces déplacements? Nos trois billets aller-retour Montréal-Hong Kong engendrent à eux seuls l’émission de 13 tonnes de CO2! Faites le test pour votre plus récent ou prochain voyage en avion. Mea culpa, nous sommes les premiers à profiter des vols à rabais d’Air Asia et demain, nous partons pour un voyage éclair de trois jours à Shangri-La, dans le nord du Yunnan… en avion. Nous avions le choix entre 45 minutes de vol ou 12 heures de bus…

Alors qu’est-ce qu’on peut faire? Peut-être que rester chez soi ou pas trop loin sera dans l’avenir un choix écologique, un geste pour le développement durable. Faudra-t-il, pour être vert, entreprendre des voyages de plusieurs mois et se déplacer à pied ou en vélo? Faut-il lutter dès maintenant contre le tourisme de masse, limiter l’accès des groupes à des sites comme Angkor, les pyramides d’Egypte ou les plages des Caraïbes?

Pour revenir au Yunnan, à Dali et à Lijiang… Malgré leur allure de gros centre d’achats en plein air, malgré les groupes de touristes chinois qui portent des calottes de couleur pour s’identifier, malgré le côté artificiel des vieilles villes reconstituées, malgré la mise en scène kétaine des minorités ethniques, malgré les vieux résidants qui fouillent dans les poubelles, malgré certaines sections de Lijiang encombrées comme le métro de Shanghaï à l’heure de pointe… c’est un vrai bonheur de marcher dans les rues piétonnières, de découvrir des artisans et des artistes talentueux parmi la camelote en série, de se perdre dans les ruelles étroites et de croiser une villageoise en costume traditionnel qui vend ses légumes au coin de la rue.

À l’extérieur des centres touristiques, c’est facile de trouver des villages où la vie continue presque comme avant et de se remplir les yeux de paysages de rêve, sans que rien d’artificiel vienne obstruer notre vue. C’est le cas non seulement dans le Yunnan, mais dans toutes les régions que nous avons parcourues cette année.

N’empêche, je rêve du moment où nous pourrons refaire des treks de plusieurs jours en montagne, de village en village, dans une nature intacte. Le voyage ultime à mes yeux. En attendant, je lis les récits passionnants de Joseph Rock, un explorateur qui a parcouru le Yunnan et le Sichuan dans les années 20, entre autres pour la National Geographic Society

Voir nos images de Dali et Lijiang

Sur les effets pervers du tourisme, voir l’article du New York Times Tourism Saves A Laotian City but Saps Its Buddhist Spirit, publié le 15 avril. La ville dont il est question, Luang Prabang, est un autre endroit que nous avions visité il y a huit ans… et où nous avons presque peur de retourner! 

La mosaïque Kunming

La ville nous offre quotidiennement des scènes fascinantes, choquantes, violentes, odorantes, drôles, attendrissantes, kitsch. Le familier côtoie l’exotique et l’étrange. L’incessant et omniprésent travail de construction, de démolition, de reconstruction et de déconstruction du passé épuise notre regard, mais l’ampleur et la folie du projet nous impressionne toujours. Vous trouverez de nouvelles images de la mosaïque Kunming dans l’album Kunming en vrac et nous étofferons encore cet album au cours des prochaines semaines.

Prof Story

C’est quoi la vie au Yunnan College of Business Management, où Peter enseigne depuis septembre dernier? Pour en parler, il fallait que je m’immerge moi-même pendant une semaine en tant que prof, alors que Peter était à Shanghai. Prof Story est l’histoire des profs d’anglais du YCBM en 2007-2008 et de leurs élèves…

Les profs

Disons-le d’emblée, le métier de prof d’anglais en Chine attire une faune particulière d’aventuriers, d’artistes et parfois de paumés. Il y aurait vraiment de la matière pour un passionnant reality show, tellement les personnages sont fascinants et les rebondissements nombreux!

Le boulot a l’avantage de laisser beaucoup de temps libre (les tâches sont d’une vingtaine d’heures par semaine) et permet de connaître la Chine de l’intérieur. Évidemment, les conditions de travail n’ont rien à voir avec celles des expats à l’emploi d’entreprises étrangères, mais le salaire (4000 yuans par mois, logement fourni) est quand même plus du double de ce que gagne un prof chinois et le quadruple du revenu moyen dans la région de Kunming…

Le contexte : en septembre, 9 profs étrangers sont débarqués au YCBM (incluant Peter). Une seule, Pauline, revenait pour une 2e année. Tous les autres étaient des petits nouveaux. De ces 9 profs, seulement 4 sont revenus en mars pour la 2e session! Le collège a réussi à trouver deux nouveaux profs étrangers pour finir l’année et les 6 profs actuels font des heures supplémentaires!

Peter a une situation particulière parce qu’il vit à l’extérieur du campus mais tous les autres profs étrangers vivent dans les appartements du campus et enseignent dans le même pavillon, en plus de fréquenter les mêmes cafés et bars de Kunming les soirs et les fins de semaine. Le groupe devient vite une petite communauté tricotée serrée.

Qui sont-ils?

Cortland (États-Unis – septembre à novembre 2007) : personnage étrange et personnalité borderline, il en était a sa 4e job de prof en Chine en un an. Ses élèves se sont mis à boycotter ses cours après qu’il ait piqué des colères et tripoté des étudiantes… Ses talents politiques auprès de la haute direction lui ont permis de quitter le collège avec une prime de départ de 10 000 yuans (plus de deux mois de salaire!).

James et Sophie (Angleterre – septembre à décembre 2007) : couple sympa dans la vingtaine, passionnés de rugby et bons vivants, partis voyager en Asie tout l’hiver à la fin de la première session avant de rentrer à Londres en avril 2008.

Jonathan (États-Unis – septembre 2007 jusqu’à aujourd’hui) : En Asie depuis 9 ans, il a vécu en Inde et en Thaïlande avant d’aboutir en Chine. Grand baraqué à la voix douce et à la présence discrète, il parle peu mais il a le verbe cynique et bien aiguisé. Jonathan tire avantage de la popularité des étrangers auprès des jeunes chinoises et il fréquente actuellement une étudiante (d’une autre école), Marilyn. Il a récemment adopté un cochon miniature, Hammy, qui dort dans son lit et qui broute avidement dans le champ d’en face.

Mike (États-Unis – septembre 2007 à mars 2008) : Mike a une feuille de route longue d’une soixantaine d’année… et des milliers de grosses bières à son actif. Il a la mèche courte et ses démêlés avec la direction de l’école sont épiques. Le mois dernier, il a quitté l’école avec ses trois chats pour aller travailler dans le nord du Yunnan mais pour des raisons obscures, il a dû repartir enseigner à Beijing, où il travaillait l’an dernier.

Pauline (France – septembre 2006 à décembre 2007) : artiste multidisciplinaire et amoureuse de la Chine, Pauline se consacre maintenant au dessin, à la peinture et la danse à temps plein. Elle vit toujours à Kunming.

Uncle Bill (États-Unis – septembre 2007 jusqu’à aujourd’hui) : bon gars, pas d’alcool pas de tabac, Bill est sans doute le personnage le plus équilibré du lot (mais dieu sait ce qu’il cache dans son placard!!), qui s’ennuie un peu de son 9 à 5 et qui joue au soccer tous les samedis!

Zombie Bill (États-Unis – septembre 2007 jusqu’à aujourd’hui) : En Chine depuis 3 ans, il a d’abord vécu à Beijing où il a marié Ivy, une Chinoise. Cinéphile fini, il adore les films de série B (incluant les films de zombie) et préfère vivre la nuit.

Deux nouveaux profs sont arrives récemment : Nick, qu’on a plus souvent vu saoul qu’en train d’enseigner et qui se cherche une fille désespérément, et Kathy, qui vit à Seattle et qui en est à son 3e mandat de prof en Chine (elle prend des contrats de 4 mois). Elle est ici avec son mari John, un retraité qui adore cuisiner.

Les autres profs étrangers que nous avons rencontrés sont tout aussi divertissants que ceux de notre école! L’un d’eux est ici avec ses 5 enfants, un autre (Paul Doyon, un petit cousin de Peter) mène une vendetta féroce contre les cellulaires, dont les ondes électromagnétiques l’auraient rendu malade, un 3e d’origine montréalaise s’auto-qualifie de saoulon et n’a jamais duré plus d’un mois dans une école…

Les élèves

Ils ont de 16 à 20 ans, ils étudient la gestion, le tourisme et l’anglais. Dans les classes d’anglais parlé, ils sont en moyenne 4 ou 5 à participer activement et à prouver qu’ils sont allumés. La vingtaine d’autres écoutent passivement au mieux, jouent avec leur cellulaire, parlent entre eux ou dorment.

Le système scolaire chinois favorise le bourrage de crâne et les élèves apprennent en répétant ce que dit le prof. Ce n’est certainement pas en classe que se développent la pensée critique et la créativité. Quand j’ai fait un brainstorming avec les étudiants en tourisme pour trouver des idées sur une campagne de marketing « innovatrice » pour Kunming, j’ai eu droit aux mêmes platitudes qu’on retrouve dans tous les guides touristiques. Quand je leur ai demandé quels étaient leurs rêves pour les prochaines années, la plupart m’ont répondu qu’ils voulaient faire de la business (bon, c’est vrai qu’ils étudient dans une école de gestion), certains veulent s’acheter une voiture alors que 2 ou 3 souhaiteraient voyager à l’étranger. J’ai peut-être eu droit à la réponse officielle qu’on donne dans une salle de classe et le fond de leur pensée m’a échappé… Ou encore ils ont dit vrai et si c’est le cas, on peut être assurés que l’économie chinoise ne manque pas de bons soldats pour prendre la relève!

En discutant avec eux, les élèves du YCBM sont unanimes pour décrier les conditions médiocres dans lesquelles ils sont contraints à vivre pendant leurs études. Je les comprends parfaitement. Ils vivent tous sur le campus, coincés dans des dortoirs à quatre lits. Leurs toilettes communes sont probablement aussi immondes que celles des pavillons d’enseignement : un caniveau séparé par de petits murets (offrant un minimum d’intimité) dans lequel s’accumulent les pipis-cacas de la journée. Ils ne peuvent pas cuisiner dans leurs dortoirs alors ils mangent matin, midi et soir dans les cafétérias de l’école, dont ils disent que la bouffe est dégueu. Ils vont sans doute de temps en temps dans les nombreux petits bouis-bouis et stands de rue qui entourent l’école.

Le quartier où se trouve le collège ne les enchante pas plus que nous (voir l’article Haitun Lu, septembre 2007). Ils rêvent tous de vivre au centre-ville de Kunming.

Les journées sont longues pour les étudiants : dès 6 h 30, ils sont dehors à faire des exercices dans la cour au son d’une musique tonitruante. Ils ont des cours de 8 h à 18 h, avec une pause de 3 h le midi. Et le soir, ils doivent aller étudier en classe jusqu’à 21 h. Ça explique sans doute pourquoi ils ont si peu d’enthousiasme pendant les cours.

Sur les images ci-dessous…

  • quelques profs : Uncle Bill, Peter, James et Sophie
  • une classe d’élèves
  • l’une des entrées du YCBM en trois plans : les vidanges, les pavillons du campus et les magnifiques montagnes en toile de fond

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Une journée de printemps à Kunming

Mars est sans doute le mois le plus agréable de l’année à Kunming. Même s’il a neigé il y a trois semaines (une journée avant notre retour!), le printemps n’a pas tardé à se pointer, amenant soleil, chaleur, floraisons, nouvelles pousses et retour des oiseaux. Ici, pas de climat en dent de scie comme au Québec. Le temps se réchauffe résolument, sans rechute, et la saison sèche tient les nuages et la pluie à distance. Tant pis pour tous ceux qui nous avaient promis une visite en Chine et que nous n’avons toujours pas vus : cette semaine, vous auriez pu vous balader sous les cerisiers en fleurs plutôt que déneiger votre entrée pour la 50e fois cet hiver!

Par ce temps idéal, voici le portrait d’une journée type de slow travel* à Kunming, une petite journée pas pressée pendant laquelle nous prenons le pouls de notre ville d’adoption.

8 HEURES -- Ce matin, pendant que Noah faisait la grasse matinée jusqu’à 9 h, j’ai pris des nouvelles du monde sur Internet, particulièrement sur la situation au Tibet. Je m’y intéresse d’autant plus que j’y planifiais un voyage en avril. Ça regarde mal pour l’instant, d’autant plus que la présence policière s’étend maintenant dans les régions frontalières de l’Ouest. D’ailleurs, depuis quelques jours, nous remarquons une présence policière plus importante dans les rues de Kunming. La petite ville de Zhongdian, au nord ouest du Yunnan, où vit une communauté de Tibétains mais où il n’y a eu aucune manifestation, a été envahie par 400 policiers cette semaine!

Big Brother travaille fort pour que la version officielle soit la seule accessible dans les médias, incluant Internet. Nous réussissons à contourner le problème (c’est d’ailleurs ce qui me permet de publier mon blog) grâce à une passe passe qu’il vaut mieux ne pas révéler ici… Un exemple de censure : dans le site du New York Times, normalement accessible, voici un article (fort intéressant) qui ne passe pas la frontière chinoise…
In Tibetan Areas, Parallel Worlds Now Collide

11 HEURES -- En fin d’avant-midi, Noah et moi avons pris le bus pour Wenlin Jie, surnommée Western Street, le secteur « international » de la ville où se trouvent des cafés et des boutiques à l’occidentale et où se tiennent tous les expats et les voyageurs de passage. L’endroit est quand même très low key et essentiellement beaucoup plus local qu’international. C’est toujours la même faune qui s’y retrouve et en entrant au café Salvador (pour Salvador Dali), nous sommes tombés sur Pauline, une Française, ex-prof d’anglais et collègue de Peter qui a laissé l’enseignement pour se consacrer à temps plein au dessin et à la peinture. Son site internet regroupe une sélection de ses dessins de voyage, incluant des scènes de Kunming et des régions voisines.

14 HEURES -- Après le lunch, Noah et moi sommes partis au zoo, un vaste oasis de verdure au milieu de la ville doublé d’un grand parc d’amusement pour petits et grands. Des centaines d’animaux y vivent, certains dans des conditions assez déprimantes. Pourquoi les paons et les cygnes profitent-ils de grands espaces alors que les lions et les loups sont confinés dans des petites cages de béton? L’endroit est malgré tout l’un des préférés de Noah à Kunming, surtout le parc d’amusement.

Pour un jour de semaine, il y avait pas mal de monde : groupes d’enfants et d’adolescents, retraités, familles. J’ai vite compris ce qui faisait courir les foules (et cliquer les appareils photos) : les centaines de cerisiers en fleurs et les paons faisant la roue en pleine saison des amours.

Les fleurs roses des cerisiers semblent principalement servir de fond décoratif pour des portraits. Tout le monde se fait photographier à tour de rôle devant les belles fleurs. Le parterre des cerisiers a l’air d’un plateau de tournage, envahi par plusieurs plates-formes qui permettent de grimper à hauteur des fleurs et de se faire photographier en kimono japonais ou en costume de minorité ethnique! Dommage, j’avais oublié mon appareil ;-) !

Pendant ce temps, dans un autre coin du zoo, les retraités habitués de l’endroit jouaient tranquillement au mah jong ou pratiquaient un instrument de musique. Nous sommes allés nous asseoir dans un pavillon où deux dames chantaient, pendant qu’une autre les accompagnait avec un genre de mandoline chinoise. Elles sont évidemment tombées sous le charme de Noah, nous ont posé les questions d’usage (d’où êtes-vous?, quel âge a-t-il?) et obtenu des réponses sommaires (notre mandarin évolue lentement, celui de Noah mieux que le mien!). Elles ont offert du tamarin à Noah et continué leur concert improvisé.

18 HEURES – Retour sur Wenlin Jie pour rejoindre Peter (dont la vie de prof d’anglais fera l’objet d’un prochain article). Nous avons rendez-vous au Vintage Café, un nouveau restaurant tenu par un Français avec un menu composé de plats vietnamiens, de sandwiches, de hamburgers et de salades. Ça évolue très vite en matière de restauration à Kunming et il devient de plus en plus facile de manger autre chose que du chinois. Nous n’aurions sans doute pas survécu à un menu local quotidien, avec ses piments forts utilisés sans aucune modération, ses légumes baignant dans l’huile de cuisson, ses plats de poulets où on cherche désespérément un morceau comestible et son riz blanc totalement fade.

La population locale s’ouvre décidément à la cuisine internationale et fréquente nombreuse les restaurants indien, thaï, japonais, italien… et « westerns », souvent synonymes de pizza, hamburgers et steaks. Presque à chaque semaine on voit apparaître un nouvel endroit destiné aux clients en quête de goûts exotiques. Et en général, ça fonctionne très bien.

Avant de rentrer, nous faisons le plein de bon pain chez Just Hot (le nom n’a même pas été traduit en chinois : l’anglais, c’est plus chic!), une nouvelle boulangerie-pâtisserie toujours bondée qui offre entre autres du pain non sucré (traduction : no candy bread), de la baguette (traduction : magic wand) et des pâtisseries (dont le fragrant organ cream). Et un employé nous a dit qu’ils ont payé pour des services de traduction!!

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* Le slow travel, un cousin du slow food et de l’art de prendre son temps, consisterait à se poser quelque temps à un endroit pour mieux le connaître, avec un horaire souple et un itinéraire qui laisse place à l’improvisation. L’expérience nous a appris que c’est dans ce contexte qu’on s’expose le plus à vivre des petits moments de grâce et qu’on finit par creuser au-delà de la surface.

On redéfait nos bagages!

Le retour à Kunming après deux mois de douce itinérance est en quelque sorte un retour à la maison. Ça fait du bien de se retrouver en terrain connu, de redéfaire ses bagages et de se poser pour quelques mois. Les chroniques de Chine devraient reprendre à un rythme plus régulier, une bonne nouvelle pour les sinophiles en manque!

En rentrant en Chine et avec le recul des dernières semaines, nous constatons plus clairement tout le chemin parcouru depuis notre arrivée en août. Nous sommes maintenant familiers avec la Chine et notre niveau d’adaptation (et d’acceptation!) nous permet désormais de rester calme devant des tas de petites choses qui auparavant nous énervaient profondément (leur manie de se racler bruyamment la gorge et de cracher par terre, par exemple)… Faut dire que la thérapie par la beauté de Bali y est peut-être pour quelque chose. Nous sommes revenus ici pleins d’énergie et dans d’excellentes dispositions!

Aaaah! De l’information!

Nous avons suivi à distance les déboires climatiques de la Chine. Kunming n’a pas été touchée directement par les intempéries, mais des dizaines de milliers de voyageurs en route pour le nord du pays ont été cloués à la gare pendant plusieurs heures, voire quelques jours.

Au Vietnam et à Bali, l’accès facile à des médias internationaux comme le International Herald Tribune, le Time Magazine ou TV5 nous a permis non seulement de prendre des nouvelles de l’Asie, mais aussi de faire le plein d’information et de culture occidentale. Grâce à TV5, j’ai pu écouter Un gars une fille et le Téléjournal de Radio-Canada! En Chine, heureusement qu’il y a Internet pour nous alimenter parce que nous n’avons autrement accès qu’à deux médias anglais, des vitrines internationales du gouvernement chinois, CCTV à la télé et le quotidien China Daily. L’excellent site Go Kunming nous est très utile pour prendre des nouvelles de notre ville!

Dans les médias internationaux comme au Canada, il est beaucoup question de la Chine et l’édition asiatique du Time a récemment consacré sa couverture au développement phénoménal des banlieues chinoises. Ça jette un éclairage intéressant sur notre réalité quotidienne, nous qui vivons en banlieue de Kunming. L’article est accessible en ligne sur le site de Time.

Des rizières et des geckos

Nos dernières semaines au Vietnam et à Bali nous ont laissé des souvenirs impérissables et vous pouvez en voir des images sur notre Picasa Web (dont deux nouveaux albums de Bali). Si vous êtes un Québécois en manque de chlorophylle, notre album photo Bali : spécial rizières vous fera le plus grand bien!

Nous avons aussi le bonheur de partager avec vous l’une des expériences les plus épatantes que Bali nous a offertes : l’appel du gecko mâle à sa douce. Nous l’avions entendu dans certaines régions du Laos et de la Thaïlande en 2000 et nous rêvions de retrouver ce son étonnant et envoûtant. Nous l’avons retrouvé à Bali.

Écoutez-le!

Admirez la bête!

L’île des dieux

Bali a tout pour elle et tout pour nous enchanter. Il fait 30 degrés à l’année et malgré que nous la visitions en pleine saison des pluies, la pluie ne dure jamais trop longtemps. Avec un climat tropical et humide, la nature est exubérante, les fleurs d’hibiscus et de frangipane abondent, les arbres sont géants, les champs de riz sont vert fluo, les jardins sont paradisiaques. Les petites bêtes de toutes sortes et de toutes les couleurs peuplent les jardins, oiseaux, papillons, libellules, insectes, escargots, grenouilles, geckos… 

Comme la nature, l’art est tout aussi surabondant et exubérant. Tout le monde est artiste à Bali et les occasions d’apprécier l’art local ne manquent pas. Des milliers de boutiques de sculpture, de peinture, de batik et de divers métiers d’art agrémentent nos ballades. Il y a une bonne dizaine de spectacles différents à tous les soirs rien qu’à Ubud : danse, gamelan (les orchestres locaux), théâtre et marionnettes, tous de très haut niveau. On mange aussi comme des dieux ici, avec une variété de restaurants qui n’a rien à envier à Montréal.

Les pratiques spirituelles sont elles aussi fascinantes et omniprésentes. Sur les trottoirs, sur le seuil de notre bungalow, dans les moindres recoins, des petites offrandes de fleurs et de riz dans des feuilles de bananier sont déposées et renouvelées à tous les jours. Les statues des dieux hindous, Ganesh, Hanuman, Shiva et tous les autres sont décorées de tissus, de fleurs, d’offrandes, d’encens. Il y a des temples magnifiquement ornés un peu partout. Les vêtements traditionnels des Balinais, encore largement portés, sont eux aussi superbes et élégants, sarong, chemise et ceinture de tissu, autant pour les femmes que les hommes. Les hommes portent aussi un turban de tissu.

Tout ça agrémente le quotidien des Balinais et des nombreux vacanciers venus vivre leur petit moment de paradis. La beauté est dans les moindres détails et nous fait réaliser que le superflu est essentiel pour rendre la vie plus douce et plus gracieuse.

Des images de l’ultra-photogénique Bali à http://picasaweb.google.ca/Myriam.Houde/Bali1

De Kunming à Hanoï

Nous avons rejoint le Vietnam par voie terrestre, pas pressés de parcourir les quelque 500 kilomètres entre Kunming et Sapa (environ 12 heures de route, dont la moitié sur une petite route de montagne sinueuse). Ça nous a permis de découvrir Jianshui et Mengzi, deux villes fort agréables du sud du Yunnan.

À Mengzi, une petite ville fascinante et totalement hors du circuit touristique, nous avons parcouru l’histoire récente de la Chine à travers les rues du petit centre-ville, concentré dans à peine un kilomètre carré. Tout était là. La Chine rurale, dans les petites ruelles bordées de maisons en bois et en terre qui ont survécu aux vagues de démolition. À un coin de rue de là, des immeubles à logements austères et délabrés aux fenêtres grillagées (Noah les appelle les cages!) de l’époque communiste pure et dure. Une école défraîchie où, par la fenêtre, on pouvait voir les écoliers entassés dans un dortoir aux lits superposés se préparer pour la sieste. Encore un peu plus loin, la Chine actuelle prend forme, avec ses grands complexes immobiliers tout neufs, ses milliers de logements qui promettent un avenir meilleur pour ses habitants avec des noms comme Dream in Cambridge ou Cannes Town. Ces complexes ont gardé de l’architecture traditionnelle chinoise le principe du commerce au rez-de-chaussée et de l’habitation familiale aux étages, mais à très grande échelle.

Nous sommes entrés au Vietnam par la frontière de Lao Cai. En arrivant au pays, les taxis, les vendeurs de camelote et les arnaqueurs potentiels se sont multipliés par cent, la bouffe est dix foix meilleure et la quantité de chantiers de construction a radicalement diminué. Dix jours au Vietnam en trois temps.

Les montagnes du nord : Sapa

Nous étions sur nos gardes en mettant les pieds au Vietnam. On nous avait prévenu, par le bouche à oreille des voyageurs et par les guides de voyage, que le harcèlement des vendeurs était intense et que les arnaqueurs étaient habiles. C’est vrai. Ils étaient une meute après nous dès notre arrivée, à nous proposer du transport, un hôtel, des dongs (l’argent vietnamien, 16 000 dongs pour 1 dollar, un vrai défi mathématique les premiers jours!!). Nous ne savions pas si nous allions tenir le coup pendant trois semaines. Nous en sommes sortis indemnes jusqu’ici, mais nos amis se sont fait avoir et ont payé le double du prix normal pour leurs billets de train entre Lao Cai et Hanoï (40$ de moins dans leurs poches)!

Sapa est perché dans les montagnes, en face du plus haut sommet du Vietnam, le Fangipane (environ 3000 mètres). Le soleil a brillé tout au long de notre séjour de deux jours : les vues sur les montagnes et les cultures en terrasse étaient époustouflantes! Le petit village -- très touristique -- est au coeur d’une région regroupant diverses minorités ethniques et c’est un lieu de prédilection pour voir une belle variété de gens portant des costumes traditionnels hauts en couleur. La plupart d’entre eux ont quelque chose à vendre et proposent leurs produits avec beaucoup d’insistance, ce qui les rend rapidement un peu moins cute. Mais c’est intéressant de se promener dans les villages environnants et de voir que leur mode de vie est resté traditionnel : ils vivent d’agriculture et d’artisanat, leurs maisons et leurs costumes (qu’ils portent au quotidien, dans les champs) sont propres à leur culture.

La baie d’Halong

Un gros coup de coeur, certainement parmi les plus beaux endroits naturels que nous avons visités dans le monde, la sublime baie d’Halong. Une vaste région formée de milliers d’îles rocheuses magnifiquement sculptées par la mer, habitée par des pêcheurs vivant dans des maisons flottantes. Naviguer dans cette région est surréel et totalement envoutant.

Nous craignions un peu la surabondance de touristes et de bateaux qui font tous le même parcours, mais malgré la quantité de monde, le site est assez grand et grandiose pour absorber tous ces visiteurs. Nous avons passé trois jours dans la baie, dormi une nuit dans un élégant bateau en bois (nous n’étions que six, il y avait plus de membres d’équipage que de clients!) et une nuit dans un bungalow en bambou sur une plage privée, fait du kayak dans des caves et parmi les îles et les rochers, vu de près les aigles chasser et les pêcheurs… pêcher! Certainement l’un des moments forts de tous nos voyages.

Hanoï

Nous faisons présentement du temps supplémentaire à Hanoï parce que la disponibilié des transports vers le centre du pays est limitée. Quand nous avons voulu réserver, les trains de nuit étaients tous pleins et le premier vol disponible était dans deux jours. Le Vietnam est une destination très populaire et c’est la haute saison en ce moment. Mais ce temps sup nous permet d’explorer la capitale et de saisir un peu mieux l’âme du pays.

Hanoï est une ville baroque, débordante de vie, où on vit une série d’émotions fortes qui nous font passer de l’adoration à l’exaspération en quelques secondes. La densité de la vieille ville est hallucinante, chaque centimètre d’espace où le regard se pose réserve une stimulation quelconque, un fragment de vie, un regard, une histoire. Ou une satanée moto. Elles sont partout, un flot dense et incessant dans les rues et un encombrement sur les trottoirs. On les entend klaxonner sans cesse, on sent leur sale odeur s’inscuster dans nos narines. Le fléau de cette ville, impossible de se ballader sans en avoir une derrière ou devant soi, menaçant de nous passer dessus. Déprimant de voir jusqu’à quel point la ville est malade de ce traffic insensé.

Dommage parce que les rues d’Hanoï débordent de poésie et qu’on a le goût de prendre son temps et de bien regarder partout. Les trottoirs sont des scènes où le quotidien des gens s’étale, les milliers de petits vendeurs de thé, de fruits et de légumes, de vêtements, de livres, d’un peu de tout, accroupis ou assis sur de petits bancs, les serruriers, les cordonniers, les lettreurs, les graveurs de monuments funéraires, les mécaniciens, tous pratiquant leur métier sur le trottoir. On lève les yeux et les traces de l’histoire de la ville se lisent sur les édifices délabrés ou pimpants, les élégantes fenêtres à volets et les cafés français, les autels bouddhistes, les pagodes et les temples, les intérieurs et les affiches austères de l’époque pré-capitaliste. Un voyage dans le temps.

Dans les quelques lieux calmes de la ville, les parcs, les lacs, les musées, les temples, les restaurants, on peut enfin apprécier la gentillesse des gens, la richesse et le raffinement de la culture vietnamienne. La qualité et la quantité de galeries d’art, de restaurants, de produits artisanaux témoignent de la grande vitalité de cette culture. C’est tout un contraste quand on arrive de la Chine… Parcourir le musée d’art est en soi une leçon d’histoire et de savoir-faire, avec des techniques de peinture sur soie et de laque uniques et des scènes émouvantes de guerre, qui parlent autant des souffrances et de la douleur que de la fierté des combattants. 

Nous poursuivons notre route ce soir pour Danang, Hué et Hoi An, au centre du pays. Nous publierons des images plus tard…

Le temps des fêtes à Kunming

Les fêtes de Noël et du Nouvel An, c’est un incontournable, même en Chine. Nous avons déjà commencé les célébrations et à notre grand étonnement, ça sent Noël partout en ville. Dans tous les magasins et dans plusieurs endroits publics, on retrouve des sapins décorés, des lumières et des Pères Noël bien en évidence. Même ici, dans notre complexe immobilier, nous avons trouvé en rentrant hier soir des Pères Noël accrochés dans toutes les portes extérieures des immeubles! On en a conclu que le Père Noël livre maintenant jusqu’en Chine… Normal, c’est ici qu’il impartit la fabrication de tous ses jouets. Nous aussi, nous avons créé une ambiance des fêtes dans notre salon avec un petit sapin et de jolies lumières en forme de cadeaux achetées chez Wal-Mart, qui allument encore après 4 jours!! Notre souhait le plus cher, c’est qu’elles durent jusqu’au début de janvier.

Du côté des célébrations, c’est parti depuis la semaine dernière, avec un party informel de fin de session avec les profs d’anglais du collège. Une rumeur circule à l’effet que les dirigeants du collège vont nous convier à un repas à l’occidentale pour célébrer Noël, mais fidèles à leur habitude de lancer les invitations à la dernière minute (typiquement, le jour même!), nous attendons encore! Nous avons aussi eu de la visite du Québec, Danielle et Geneviève, qui ont fait un saut de deux jours à Kunming. Elles sont reparties à Suzhou rejoindre Pierre-Louis, le fils de Danielle et le frère de Geneviève, organiser une grosse bouffe traditionnelle québécoise (ragoût de boulette et dinde) au café où Pierre-Louis travaille, le Bookworm. À Kunming aussi, certains restos organisent des repas de Noël traditionnels à la dinde et nous avons déjà réservé pour le 24 et le 25.

Le 25 décembre, nous avons la chance de passer Noël en famille avec Paul Doyon, le petit cousin de Peter, sa femme Chihiro et son fils de 6 ans, Joshua. Incroyable mais vrai : Peter a un cousin qui enseigne l’anglais à Kunming (leurs parents étaient cousins propres)! Ils ne s’étaient jamais rencontrés et se sont trouvés grâce à Internet. L’été dernier, Paul avait publié une annonce pour un logement à louer, Peter lui a écrit et en voyant que c’était un Doyon, lui a demandé s’il avait de la parenté au Québec. De fil en aiguille, ils ont découvert leur lien de parenté! Paul est d’origine américaine et il a vécu au Japon pendant 17 ans, avant de bourlinguer à travers le monde et d’aboutir à Kunming. Nous nous voyons régulièrement depuis septembre, les deux gamins s’entendent comme larrons en foire et nous allons certainement garder contact après notre départ de Kunming.

Nous allons aussi participer à nos partys de famille québécois, en parlant aux Bérubé (du côté de Myriam) le 24 décembre et aux Doyon (du côté de Peter) le 25. Avec 13 heures de décalage, nous serons un jour plus tard en après-midi pendant que ce sera la veille au Québec. Grâce à l’application Skype, nous pourrons parler à tout le monde gratuitement… aussi longtemps que nous voulons.

Le 4 janvier, au lieu de rentrer travailler comme il le ferait au Québec, Peter tombe en vacances pour deux mois! Ce sera le Nouvel An chinois le 7 février et la deuxième session de cours ne débute qu’au début de mars. Nous partons un mois au Vietnam, puis un mois à Bali, avec un arrêt en Malaysie s’il nous reste du temps.

Pour l’instant, nous vous souhaitons à tous de joyeuses fêtes et une nouvelle année pleine de joie, d’amour, de santé et de rêves réalisés!